Tu te souviens probablement de cette publicité télévisée pour un certain fromage, dans laquelle on aperçoit un troupeau de brebis, avec le berger assis sur une pierre, en train de déguster un morceau dudit fromage. On voit arriver son épouse, qui semble s'étonner de ce qu'il fasse paître ses brebis dans un endroit aussi écarté. À cela il répond que c'est là que ses brebis font leur meilleur lait ! Et puis vient cette réflexion de la femme : "Parfois j'ai l'impression que tu tiens plus à tes brebis qu'à moi !".
J'ai vu de nombreuses fois cette publicité passer sur le petit écran, sans y prêter plus d'attention qu'à toutes les autres qui, entre nous, sont parfois bien assommantes.
Et puis, l'autre jour, la réflexion de cette femme m'a soudainement interpellé. J'ai pensé tout à coup à toutes les épouses de bergers qui se sentent délaissées au profit des brebis. Certes, elle comprennent bien que les brebis ont besoin de soins attentifs ; qu'il faut les conduire vers les pâturages appropriés ; qu'on doit les protéger des prédateurs qui voudraient en faire leur proie.
Mais, sans le dire, la femme du berger souffre secrètement d'avoir à rester au foyer, journellement aux prises avec des tâches ménagères ingrates, exerçant avec abnégation son rôle difficile de maman et d'épouse. Même si elle sait qu'il s'agit là d'occupations primordiales et d'une grande noblesse, elle a parfois l'impression de ne jouer qu'un rôle secondaire, qui ne retient l'attention de personne.
Les jours succèdent aux jours, tous pareils, avec leur lot de fatigues, de joies et de déceptions. Parfois la déprime pointe le bout de son nez, rôdeuse intrigante porteuse de découragement :
"Si seulement il pouvait avoir un peu de temps pour moi ! Mais il est si occupé, et quand il rentre il est si fatigué !"
Et voilà le lot de la femme du berger. Comment s'étonner alors qu'il lui arrive de s'exclamer :
"Parfois j'ai l'impression que tu tiens plus à tes brebis qu'à moi !"
…
Mais, au fait, tu sais que berger se dit aussi pasteur !







