Paul serait-il misogyne (haine ou mépris des femmes) et antiféministe comme n’hésite pas à l’affirmer Josy Eisenberg dans son livre « la femme au temps de la Bible » ?
Ce célèbre présentateur de l’émission « à Bible ouverte» retransmise sur France 2 chaque dimanche, réfute tous les soupçons de sexisme portés sur le Livre Saint en faisant l’apologie du statut des femmes dans le monde biblique, mais stigmatise l’enseignement de l’apôtre Paul sur les femmes.
Pourtant, à bien lire les recommandations de l’apôtre (Eph.5.25), ces dernières devraient être comblées en amour. Comment concevoir en effet un amour plus grand que celui du Christ pour l’Eglise, à l’image duquel Paul appelle les maris à aimer leurs femmes ?
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie (Jean 15.13) et c’est bien ce que Jésus-Christ a fait pour nous (Eph.5.2 et 25) :
« Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle»
Chantal Reynier, qui commente cette épître aux Ephésiens, remarque que l’interpellation adressée aux maris est plus longue et plus développée que celle faîte aux épouses. Elle ajoute même que « les auteurs antiques (Platon, Xénophon et même Flavius Josèphe) n’utilisent pas le terme « aimer » (agapé) dans un contexte familial ». L’amour don de soi à l’intérieur du couple est bien une « invention » chrétienne, une « innovation » de l’apôtre Paul !!
L’analogie avec l’amour du Christ envers l’Eglise et la force de l’exemple et de la motivation que cela induit, devraient rassurer les épouses. Paul vise ici le plus grand amour concevable, celui qui se livre pour l’autre, c'est-à-dire celui qui se donne et se sacrifie pour son bonheur. Parce que le Christ s’est abandonné entre les mains des hommes par amour pour eux, l’Eglise peut s’abandonner entre les mains du Christ. De même, c’est parce que le mari se livre à elle dans l’amour que l’épouse peut s’abandonner à lui avec confiance. L’expérience et le souvenir de l’amour du Christ renforce l’amour du mari et sa capacité à aimer jusqu’au bout en s’oubliant soi-même au bénéfice de son épouse.
Alors, qu’en est-il, dans ce contexte, de l’affirmation « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur » (Eph.5.22) ?
En effet, Paul n’aurait sûrement pas eu de problèmes s’il s’était contenté de demander aux maris d’aimer leurs femmes. Littéralement, il demande aux femmes de se disposer, se « placer sous» leurs maris pour les soutenir et les aider (Genèse 2.18). C’est un « impératif » en grec, donc une exhortation qui doit être volontairement mise en œuvre. Notons en effet que Paul ne dit pas « maris, soumettez vos femmes » mais « femmes, soyez soumises à vos maris », la démarche doit venir de l’épouse. Charles Masson, théologien et bibliste protestant, remarque que « cette subordination volontaire de la femme à son mari, qui est la réponse de son amour à l’amour de son mari, n’a rien d’avilissant et n’attente en rien à sa dignité personnelle ». Au fond, amour et soumission mutuelle sont deux faces d’une même réalité : le don de soi.
Par ailleurs, cette soumission doit être comprise de façon fonctionnelle, c'est-à-dire pour le bon fonctionnement du couple. S’il y a « égalité de dignité, il n’y a pas identité de rôles » (Yoder). En Christ il n’y a pas d’infériorité ou de supériorité de nature (Gal.3.28) mais pour l’efficacité de la prise de décision conjugale il peut être bon, après une phase nécessaire de négociation, de remettre la décision finale au mari. Alfred Kuen signale par exemple que « dans toute société, si petite soit elle, les lignes d’autorité doivent être clairement définies. Dans la grande majorité des cas, dans un couple chrétien, les questions se résolvent par l’amour et le respect mutuel. Il est cependant possible que, sur un point important, les avis du mari et de la femme s’opposent. Dans ces cas, les couples qui ont opté pour un modèle égalitaire dans le mariage se trouvent devant l’impasse ; théoriquement, la divergence ne pourrait se résoudre que par le divorce. Il est plus fonctionnel de partir sur la base proposée par la Parole de Dieu : si, après ample discussion dans un climat d’amour et de respect mutuel, aucun accord n’a pu être trouvé, c’est l’avis du mari qui prime (comme dans un comité, la voix du président compte double) – avec la responsabilité correspondante ».
Finalement, replacé dans le contexte de l’époque où le mariage fait simplement passer la femme de l’autorité du père à l’autorité du mari sans que l’amour ne soit forcément requis, Paul innove d’une façon remarquable et réintroduit dans le projet initial de Dieu, celui d’une union non seulement juridique et formelle mais aussi et surtout celui d’une alliance d’amour fondée sur l’offrande de soi.
Heureux le couple qui relève le défi de vivre ainsi au quotidien en puisant à la source de l’amour divin !!



